À partir du cas de Sophie qui présente une « phobie scolaire », cet article interroge les enjeux métapsychologiques d’un symptôme dont l’évidence nosographique recouvre la complexité des remaniements adolescents. L’articulation entre névrose actuelle et névrose de transfert conduit à penser le scolaire comme un lieu de déplacement des conflits œdipiens et des effets d’après-coup du pubertaire. Les médiations thérapeutiques apparaissent comme les conditions d’une relance du travail de figuration, de transfert et de subjectivation.
Les somatisations à caractère hypocondriaque manifestent une entrave au processus d’adolescence. Quelques observations cliniques de jeunes filles permettent d’éclairer la manière dont la névrose actuelle ajourne la menace de la sexualité génitale, révélant la prégnance d’un fantasme archaïque de fusion bisexuelle avec le corps maternel, fusion à la fois rassurante et persécutrice empêchant l’assomption de l’identité sexuelle attendue à l’adolescence.
Le thème de l’adolescence est abordé à la lumière de la théorie psychosomatique classique, avec des points de rapprochement théorico-cliniques. Les névroses de comportement à cet âge servent à protéger le soma, mais paradoxalement mettent la vie du sujet en danger, en symétrie avec les maladies progressives chez l’adulte. Par ailleurs, le déficit du travail d’adolescence est potentiellement générateur de maladies psychosomatiques graves, immédiates ou différées.
La dépression de l’adolescent est le dénominateur commun de la plupart de ces situations cliniques, comportant un potentiel de désinvestissement objectal et d’apparition de tableaux correspondant à la dépression essentielle de P. Marty. Cet article questionne le rôle de l’adolescence dans l’avenir psychosomatique du sujet.
Revue semestrielle de psychanalyse, psychopathologie et sciences humaines, indexée AERES au listing PsycINFO publiée avec le concours du Centre National du Livre et de l’Université de Paris Diderot Paris 7