Tous les articles par Admin

Ignacio Melo : passages au corps

Je propose l’hypothèse d’une instance, le corps, qui se situerait entre le somatique et la psyché. Il serait un lieu de représentation tout autant qu’un concept limite, à la manière de la pulsion dont il fait le lit. Je le pense, avant tout, comme un instrument générateur de figurabilité. Grâce à son articulation avec le préconscient, il apporterait une potentialité transformatrice de l’excitation somatique. Cette potentialité, créée à l’intérieur de la relation narcissique avec l’objet primaire, subit des remaniements considérables avec l’avènement du pubertaire.

Yvon Brès : isolé et amplifié

À la “ libération sexuelle ” des années soixante succèdent, de nos jours, des phénomènes sociaux équivoques : propagande pour l’homosexualité, traque de la pédophilie, hantise du harcèlement sexuel. En fait, à la libération s’est parfois substitué un militantisme ignorant du véritable sens de la “ théorie sexuelle ” de Freud, et en particulier d’une idée émise par lui dès 1895, à savoir que certains symptômes névrotiques résultent de l’“ isolation ” et de l’“ exagération ” des éléments constitutifs de l’acte sexuel “ normal ”.

Gérard Bonnet : touche pas à ma sexualité

L’exhibitionnisme pornographique collectif a pris aujourd’hui la place de l’exhibitionnisme individuel des temps passés, et il nous lance un nouveau type de défi. On assiste en effet à une invasion d’images inspirées des films X qui touche de plus en plus les enfants et les adolescents : alors que leur passage à la sexualité adulte suppose une élaboration imaginaire où la pudeur tient une place capitale, ces exhibitions risquent de court-circuiter les trajets du désir. L’auteur montre que cette confrontation est devenue en quelques années une nouvelle épreuve initiatique pour les jeunes, la principale en matière de sexualité. Il souligne les difficultés que cela entraîne et dégage de sa connaissance de l’exhibitionnisme quelques pistes pour accompagner les plus démunis. Plutôt que de se réfugier dans la voie du tout répressif, qui ne ferait qu’intensifier le phénomène, il invite à mesurer notre responsabilité collective et à reconsidérer notre conception de la sexualité à l’aune de la créativité humaine.

Annick Jullion : la pratique de prostitution, une tentative d’auto-guérison ?

Les récits de conduites de prostitution font état de besoin d’agir fébrile, d’actes sexuels répétitifs, compulsifs Se prostituer pour fuir un état psychique pénible, préférer la voie de la décharge à travers un acte magique plutôt que d’être débordé affectivement ?

En travesti sur les trottoirs ou exhibé sur la scène des cabarets être admiré, omnipotent, pouvoir tout se procurer ?

La pratique sexuelle de la prostitution tente-t-elle de réparer un sentiment d’identité mal assuré ? Sur des assises narcissiques précaires la prostitution intervient-elle comme tentative d’auto-guérison ?

Viviane Dubol : la prostitution, entre orifices du corps et mots, une expérience de subjectivation ?

Cet article se veut être une réflexion clinique sur l’acte de prostitution et les enjeux psychiques qu’il met en scène. Un retour sur l’histoire des hypothèses de recherche et des moments forts permet de souligner combien le repérage de l’anamnèse et des traumatismes est insuffisant pour comprendre le destin prostitutionnel. L’écoute de la clinique m’a amenée à prendre en compte la force des mots ayant valeur d’injonction comme le “ Tu n’es qu’une prostituée ” ou le “ Je suis une prostituée ” fabriqué par le sujet lui-même. C’est dans ce contexte de sensibilité aux mots que la fonction du “ quatrième personnage ” s’est déployée, comme figure d’un Autre social féminin à qui s’adresserait l’acte de prostitution et de ce qui s’y joue pour le sujet. En effet, et telle est notre hypothèse de recherche, l’érotologie de certaines passes participerait d’une construction de soi à travers des éprouvés auto-érotiques autour des orifices du corps et de ce que la psychanalyse appelle l’objet petit a. Comme l’indique ce que nous avons décrit de “ la passe symbolique ”, l’amour n’est pas absent d’un tel processus de subjectivation.

 

Jacques Goldberg, Philippe Givre : des subjectivations à l’adolescence

La notion de subjectivation, pour aborder le travail adolescent, implique d’interroger la spécificité du sujet en question et les enjeux d’un processus qui seront dégagés à partir de l’examen de trois ouvrages. Il s’agira donc de nous ressaisir de la singularité de ces trois approches originales du processus de subjectivation : sujet de la chair et “ inconscient premier ” (Cahn) ; oscillation hystérico-dépressive et mélancolie de base (Richard) ; travail de retournement passif/actif et accès à un “ se laisser faire par les signifiants ” (Penot). L’accent sera mis sur la fonction centrale du réel du corps sexué qui semble à certains égards sous-estimée par ces auteurs. Dans un second temps, et dans la deuxième partie de l’article (qui sera publiée dans le numéro suivant de la Revue), les options que nous avons retenues nous porterons à examiner le rapport du sujet à ses “ potentialités ” réelles qui le constitueront comme sujet social et culturel, ainsi que le travail d’auto-création et celui de sublimation(s) appréhendés comme essentiels aux dégagements pulsionnels. Si le sujet en question est un “ moi-sujet ”, il en résulte au niveau des approches cliniques, une mise en tension entre deux intentionnalités : l’une au niveau du moi (fonctionnel et narratif) et l’autre au niveau du sujet (divisé et confronté à la castration).

Christine Condamin-Pouvelle : l’héritage mortifère du pavillon d’or

 

Le contenu intrinsèque de l’œuvre du Pavillon d’Or est analysé dans une perspective psychanalytique. Les correspondances entre le romancier Mishima et le jeune héros Mizoguchi ne sont que suggérées, l’auteur s’attachant davantage à expliquer pourquoi le jeune adolescent, accueilli comme novice en formation dans le monastère du Pavillon d’Or, est amené à la décision criminelle d’incendier le célèbre temple. Les aléas de la construction du moi lors des phases préœdipienne et œdipienne et la difficulté pour le héros de trouver une place de sujet désirant sont étudiés. La question centrale porte sur le statut particulier du Pavillon d’Or dans l’économie psychique du héros : réalité, fantasme, hallucination ou objet endopsychique ?

Gérard Bonnet : le trouvère. Quand la rivalité des doubles tourne à l’atteinte du corps propre

 

L’adolescent qui s’en prend à son propre corps est souvent enfermé dans une logique des doubles dont il cherche à se protéger et à émerger. Celle-ci présente l’avantage de maintenir l’illusion de toute-puissance éprouvée quand il était enfant, de la projeter en l’autre avec la violence qui l’accompagne, et de fixer cette dernière en la retournant sur soi de façon ciblée et limitée. Les automutilations qu’il s’inflige constituent ainsi des témoins réels de l’illusion dont il a besoin pour se construire. L’intérêt d’une œuvre comme Le Trouvère de Verdi est de nous faire accéder au scénario mythique sous-jacent à ce type de comportement et d’ouvrir la voie à son analyse. On y découvre en particulier comment l’automutilation constitue chez certains adolescents un rite de passage grâce auquel ils s’affrontent à un double mythique, d’abord à leurs dépens, mais en gardant aussi la possibilité de le démasquer.

Olivier Douville : attaques contre le corps ou retour au geste

 

Une clinique de l’automutilation à l’adolescence est possible à la condition de situer l’adolescent comme étant dans une crise phénoménale entre deux corps. Non seulement le corps enfantin et le corps adulte, mais surtout entre le corps des pulsions partielles et le corps phallicisé. La scène des origines du corps humain est psychiquement retrouvée, recréée à ce moment-là. L’auteur fait le pari que la lecture des échanges entre Caillois et Bataille permet d’entrevoir ce qu’est la tension adolescente dans sa subjectivation du corporel.