La clinique d’adolescents présentant de graves déficiences intellectuelles suscite de nombreuses questions sur les possibilités du travail de l’adolescence dans sa double trajectoire d’accès à la sexualité génitale et de nouvelle donne temporelle dans la mesure où l’accès à la symbolisation semble “ barré ” par des insuffisances instrumentales durables entravant l’ensemble du développement. Réduit le plus souvent à l’espace du tout petit, l’espace-temps du jeune déficient reste, effectivement, marqué par des modalités très archaïques du fonctionnement psychique qui tendent à figer tout déroulement temporel et toute altérité. Pour autant, la sexualité pubertaire n’est pas absente, mais son élaboration prend des chemins décentrés par rapport au paradigme habituel du théâtre névrotique. L’apport de théorisations issues de l’autisme infantile et des travaux contemporains sur la psychosomatique propose un champ de recherche sur l’hétérogénéité des modes de symbolisation que l’on rencontre dans certaines formes de pathologies déficitaires et ouvre l’impasse du seul déficit sur la complexité de ces modes d’organisation, singulièrement au moment de l’adolescence où l’investissement du corps dans ses dimensions pulsionnelle et sensorielle est au premier plan au carrefour du temps de l’autre.
Le processus adolescent donne parfois lieu à une angoisse de disparition, d’anéantissement, qui a comme caractéristique principale d’être partageable, voire d’être contagieuse pour l’entourage. Dans ce cas, elle se met en scène en prenant le plus souvent comme protagoniste principal le corps.
Les somatisations à caractère hypocondriaque manifestent une entrave au processus d’adolescence. Quelques observations cliniques de jeunes filles permettent d’éclairer la manière dont la névrose actuelle ajourne la menace de la sexualité génitale, révélant la prégnance d’un fantasme archaïque de fusion bisexuelle avec le corps maternel, fusion à la fois rassurante et persécutrice empêchant l’assomption de l’identité sexuelle attendue à l’adolescence.
Si les automutilations rendent compte de stratégies paradoxales pour faire taire les excitations pubertaires à l’adolescence, elles viennent aussi témoigner de tendances traumatophiliques à l’œuvre dans un contexte de filiation narcissique. L’histoire du cas de Théo nous montre l’importance qu’il y a à reconnaître les liens d’interdépendance entre les parents et le jeune adolescent face à ces enjeux transgénérationnels. En effet, la problématique sous-jacente dans ces conduites ne semble pouvoir s’élaborer que dans la mise en perspective des tensions traumatiques qui fondent l’indifférenciation et la violence dans les liens intergénérationnels.
S’il n’est pas possible pour un adolescent de se défendre au niveau de son Moi en tolérant la dépression et si les voies du comportement moteur ne s’ouvrent pas, il ne lui reste guère comme solution que la voie de la déliaison somatique signalant des expériences de désubjectivation dues à l’effraction d’excitations pulsionnelles dans un Moi immature. C’est le cas des adolescents trop sages, trop conformistes, chez qui la voie du passage à l’acte est inhibée.
À travers le cas d’une patiente boulimique, l’auteur se donne pour objectif de repérer la présence de cryptes, tant dans la lignée maternelle que paternelle. Le recours à un objet externe fétichisé était nécessaire afin d’empêcher la dérive narcissique : déjà ébauchée dans les stades infantiles précoces, elle était, en effet, provoquée par la médiocrité de la constitution du lien objectal.
De plus en plus d’adolescents, dès le seuil de la puberté, s’engagent dans des conduites morbides d’attaques du corps, notamment à type de scarifications ou de brûlures. Le travail clinique auprès de ces patients confirme la gravité des troubles. Tous ces patients comptent des antécédents de violences sexuelles avérées. La plupart portent les stigmates d’un traumatisme réel de l’enfance. Les autres sont abîmés par les interrelations tissées au sein de familles à forte potentialité incestueuse. L’émergence des éprouvés pubertaires produit des effets cataclysmiques sur la psyché. Le corps entre en vibration et prend le pouvoir comme lieu d’expression privilégié pour tenter de figurer, par l’acte, une problématique psychique non encore élaborable.
Mots clés : Seuil pubertaire, Attaques du corps, Insensé pubertaire, Instance du corps, Inceste psychique, Déliaison, Masochisme mortifère, « Un enfant est battu ».
Il s’agit d’une réflexion clinique autour de la formation d’une personnalité à risque psychosomatique au cours de l’adolescence. La réapparition du soma de l’enfant à la puberté est porteur des distorsions précoces de la relation mère-bébé et de l’échec de la première phase œdipienne, favorisant ainsi la somatisation et la relation d’objet allergique dans le transfert. Le corps génital devient alors corps malade.
La psychothérapie pratiquée dans la période post-pubertaire permet leur articulation avec l’histoire du sujet et le processus adolescent en cours.
À travers la trajectoire d’un adolescent, ce travail explore les méandres de son fonctionnement psychique et la diversité de ses expressions – psoriasis, troubles du comportement, toxicomanie – qui sont autant de tentatives désespérées pour juguler l’envahissement pulsionnel et assurer sa survie psychique. Les liens entre psoriasis et pare-excitations d’une part, troubles du comportement et destructivité d’autre part, sont interrogés pour comprendre l’évolution de la psychothérapie et l’élaboration psychique qui la sous-tend.
À partir de deux cas d’adolescentes automutilatrices, les auteurs s’interrogent sur la dimension masochiste des pratiques de scarification. Le masochisme érogène déployé témoigne de l’insuffisance des processus préconscients pour contenir la pression pulsionnelle, par le retournement de la passivité féminine en activité auto-agressive. L’identification à une position féminine liant l’érotisme et le masochisme est réduite à des pratiques d’incorporation de signes indélébiles qui marquent le défaut d’introjection des qualités de l’objet. Ces conduites montrent une hystérisation « impossible » des conflits intrapsychiques, mais indiquent aussi les possibilités de dépassement de cette conflictualité provoquée par l’émergence pubertaire et leur subjectivation.
Revue semestrielle de psychanalyse, psychopathologie et sciences humaines, indexée AERES au listing PsycINFO publiée avec le concours du Centre National du Livre et de l’Université de Paris Diderot Paris 7