Lorsque la création adolescente ne parvient pas à reconstruire le Moi-je en tenant compte de la nouveauté pubertaire, le psychanalyste doit inventer une pratique spécifique ; soit un travail de construction auquel l’adolescent est susceptible de s’identifier. Lorsque la création adolescente n’est ni partageable ni partagée, la cure doit proposer un champ commun où peut se développer une perlaboration à deux au sein de laquelle les conditions (en règle infantile) de l’impasse (breakdown) sont imaginées ensemble.
Sont travaillés successivement : – les modalités de l’intervention, en particulier leur souplesse et leur limite ; – la différence de fait que l’adolescent apporte un matériel ou non ; – le processus en jeu dans les constructions du psychanalyste en l’occurrence la sublimation qui est mise en opposition avec l’emprise de l’idéal ; – l’implicite risqué de la déconstruction dans toute suggestion imaginaire de l’analyste.
La manière de faire passer de l’état d’enfant à celui d’adulte au décours de la puberté a beaucoup évolué au long de l’histoire. Les changements physiologiques du corps ont été le plus souvent corrélés au changement statutaire et juridique du sujet. Force est de constater qu’il n’en est plus rien et que, depuis sa création au milieu du XIXe siècle, l’adolescence n’a fait que s’étendre au détriment de la phase de latence en amont et de l’accès à la maturité en aval. Les difficultés que cette situation occasionne pour les adolescents doivent nous inviter à la remettre en question et à proposer un abaissement de l’âge de la majorité.
L’auteur met en discussion une forme de dérive dans le rapport à la loi et l’exercice de l’autorité en opposant acte éducatif et réaction éducative. Cette opposition est utile pour élaborer les situations éducatives se situant au voisinage de la perversion. La réaction éducative opérerait dans le registre de la réalité contingente, répondant à une temporalité du registre de l’immédiateté. L’acte éducatif tirerait son pouvoir structurant de ce qu’il se situe essentiellement dans le registre symbolique, gouverné par une temporalité transitionnelle. L’auteur montre que certaines expériences intersubjectives lorsqu’elles sont soumises à une temporalité transitionnelle donnent à l’acte éducatif sa portée structurante.
À partir d’une recherche effectuée dans un monastère, cet article interroge le sens que peuvent prendre la liturgie et les rites : à travers l’importance donnée au corps et au faire dans un lieu commun à l’Autre et à soi, ne peut-on les voir comme une porte d’accès à un espace transitionnel ?
Cet article aborde certains aspects de la fantasmatique de Thérèse de Lisieux lors de sa préadolescence et de sa puberté. Il met à jour des conflits psychiques marqués par la mort et la violence, de même que par la force des affects œdipiens et par une impossible sexualité. Il cherche à montrer que, si la réalité psychique de la « petite Thérèse » est loin de correspondre à l’image édulcorée que l’on s’en fait habituellement, elle ne révèle pas moins la qualité du travail des pulsions de vie et la force d’un remarquable processus de maturation qui sut transformer progressivement une organisation psychique pathologique et mortifère en une dynamique tournée vers la vie.
Le religieux exprime le monde interne de chacun à la recherche de figurations de son origine collective. Les imagos sont des représentations des liaisons entre le plus intime des perceptions inconscientes et les affects originaires : elles résultent de la mémorisation de ce que le tout jeune enfant perçoit des « personnages » de son environnement et de leurs relations. Le pubertaire amorcera la reviviscence de ces personnages dont l’adolescence modifiera les relations fantasmatiques ; le religieux, pourra donner une forme et un contenant à ces recompositions imagoïques ; comme passage, il peut ainsi conduire à une plus grande liberté intérieure.
Les rites d’initiation sont caractéristiques de l’adolescence et parmi les plus fortement organisés qui soient, mettant en jeu le corps et tout ce qui tourne autour de la sexualité. Les rites correspondent à un aménagement des menaces qui pèsent sur le sujet et sur le groupe. Ils sont faits pour soutenir le sujet et l’intégrer dans le monde des adultes. Ils doivent par leur ambiguïté même répondre à cette situation paradoxale, d’être soi-même demandeur de ce que les autres en fait imposent. Ils permettent une co-création par le groupe et l’individu d’un espace commun de médiation. Ils évitent ainsi la violence potentielle de la confrontation narcissique des territoires. Ils s’expriment par l’agir mais ouvrent la voie à une confiance partagée, fondement de la symbolisation.
Dans une première partie je propose de réfléchir à l’expérience religieuse telle qu’elle est racontée par certains adolescents lors de la célébration du « mystère ». Je rappellerai ensuite succinctement l’ordre sociétal établi par la religion. De cette confrontation entre « rite subjectif et objectif » il apparaîtra dans une deuxième partie la nécessité de situer leur rencontre au niveau plus profond qui est celui de l’altérité c’est-à-dire du lien intersubjectal. Le raisonnement suivra les témoignages de deux écrivains sur le mystère en question : celui de F.-R. de Chateaubriand et celui d’A. Gide.
Après avoir fait état de différents rites de passage dans l’islam et la culture arabo-musulmane, nous tentons une interprétation de l’usage des rites religieux par les adolescents issus de l’immigration. La situation migratoire détournesouvent les rites de leurs fonctions de base pour les adapter aux besoins du contexte migratoire.
La bar-mitsvah est la cérémonie rituelle qui entoure la majorité religieuse de l’adolescent juif. En quoi consiste-elle concrètement? Quel sens a-t-elle ? Quelle place a-t-elle dans la vie d’un homme juif ? Et enfin, quels sont ses enjeux à la fois anthropologiques et psychanalytiques qui sont associés à cette cérémonie ? Telles sont les principales questions que nous tenterons d’éclairer en rappelant par ailleurs en quoi consiste – dans ses grandes lignes – le judaïsme. Ce sera l’occasion d’évoquer la place singulière du texte et partant de la Loi transcendante à laquelle les hommes juifs sont soumis dès leur puberté dans ce cadre religieux, ce qui ne saurait être sans répercussions psychiques sur l’identité du jeune adolescent juif.
Adolescence, 2010, T. 28, n°3, pp. 597-616.
Revue semestrielle de psychanalyse, psychopathologie et sciences humaines, indexée AERES au listing PsycINFO publiée avec le concours du Centre National du Livre et de l’Université de Paris Diderot Paris 7