Tous les articles par Admin

Dominique Agostini : de la “ fourche fatidique ” au passage triangulaire

L’auteur explore le rapport à la rue sous l’angle clinique des phobies et contraphobies. Toutes deux font obstacle au passage dedans/dehors et à son équivalent psychique, la liaison intériorité/extériorité : sans intériorité, pas d’extériorité et donc exit du passage dedans/dehors et des différences générationnelles et sexuelles. La thématique du “ gang interne ” est en ce sens approfondie. Seul l’espace triangulaire est, dans la conception développée par l’auteur, coextensif à la capacité de différencier dans leur complémentarité le dedans du dehors, le masculin du féminin et les générations. Un passage donc : celui de l’intégration des turbulences véhiculées par le processus d’adolescence.

 

Joëlle Bordet : dans les quartiers d’habitat social

Psychosociologues, intervenant au quotidien dans l’espace public des quartiers d’habitat, nous visons dans cet article à explorer les diversités des modes de socialisation des jeunes vivant dans ces cités, et à retracer les grandes lignes de l’évolution historique des groupes de “ jeunes de la cité ”, souvent aujourd’hui inscrits dans des processus de marginalisation. Nous soulignons le renforcement des affrontements de pouvoir sur l’espace public de la cité entre les institutions et les organisations des économies illégales, et les violences instrumentales exercées sur les adolescents.

En fonction de ces analyses, nous proposons la construction de position interne au quartier des éducateurs et des psychologues pour exercer une fonction de tiers et de lien social.

 

Olivier Ouvry : Orlan, carnal art

 

Orlan, carnal art, film de Stephan Oriach, met en scène les transformations du corps même de l’artiste. Discours de l’art en lieu et place de celui de la science. Le but est de se servir de la technologie pour réduire l’écart entre ce que l’on est et ce que l’on a. Le corps est un outil pour dire ce que l’on veut. Il s’agit de subvertir, dans une dimension de transgression des critères et des stéréotypes sociaux, la notion d’apparence pour la laisser choir. La violence de cette exhibition interroge la place des spectateurs conviés à assister en direct à l’acte

Abdessalem Yahyaoui : il faut tout un village : pour une mise en sens du réseau parents/professionnels

À partir d’une brève lecture linguistique et anthropologique, l’auteur dégage les représentations structurantes de la rue. Il s’interroge ensuite sur la vacuité et la béance de cette dernière en postulant une hypothèse qui articule la dimension de l’ouvert de la rue avec l’incapacité de contenance et de protection de l’environnement humain de l’adolescent. Pour lui, les débordements de la rue sont les reflets du manque et des incohérences laissés par les adultes. En s’appuyant sur une illustration clinique, l’auteur propose un dispositif de mise en place et de mise au travail d’un réseau sur un quartier en difficulté. Pour lui, cette méthodologie implique la psychologie clinique et la psychanalyse dans le champ social alors qu’elles sont souvent désignées comme des pratiques éloignées des réalités de ce terrain.

Aboubacar Barry : modernité africaine et enfants des rues

En Afrique Noire, les transformations actuelles des structures sociales et le déficit des outils culturels de symbolisation et d’intégration produisent des déchets familiaux condamnés à errer dans les rues des grands centres urbains. Ces enfants de la rue viennent prendre la place de ce qui doit être mis aux bornes du groupe d’appartenance pour que celui-ci puisse fonctionner comme communauté, de ce qui doit être mis dehors pour qu’un dedans puisse se constituer. Tout comme si l’espace de l’exclusion et de la transgression se déployait à l’intérieur même de l’espace habité, mais dans ses lieux de passage, ou du moins dans ce qui ne devrait être que des lieux de passage et d’échange.

Sophie Turcat : Almodovar : à la recherche d’un pénis phallique

 

Alors que l’homosexualité fraternelle reste un des derniers sujets tabous de la littérature clinique, l’œuvre d’Almodovar semble être une bonne illustration. Entre homoérotisme, autoérotisme, attirance incestueuse et double fraternel, le réalisateur essaie artistiquement de résoudre sa propre problématique, tout en aidant ses personnages masculins à conquérir un pénis phallique que les femmes savent si bien s’approprier dans son univers. L’analyse de Parle avec elle, permet d’appréhender les fantasmes de Almodovar. En soulevant son voile pudique nous pouvons peut-être mieux comprendre son témoignage sur un sujet qui ne laisse trop souvent la place qu’au silence.

Michèle Benhaim : le bus méthadone

Les jeunes de la rue en proie aux processus de la toxicomanie ont la particularité d’être enfermés en-dehors d’eux-mêmes.

Le bus méthadone tente de créer une rencontre à l’intérieur d’un espace “ transitionnel ” au rythme d’une temporalité retrouvée, afin que quelque chose s’esquisse de l’ordre d’une inscription du désir dans l’Autre.

Marika Moisseeff : le loup-garou ou la virtualité regressive du pubertaire masculin

 

En abordant la phase pubertaire sous l’angle de la réalisation d’une virtualité – la transformation en procréateur –, cet article établit un lien entre, d’une part, un ensemble de théories se rapportant à l’ontogenèse et à la phylogenèse et, d’autre part, certains éléments de l’imagerie populaire montrant l’adolescent masculin comme régressant à un stade animal antérieur.

Olivier Douville : “ move to the outskirts of the town ” ou quand le temps se replie sur l’espace

L’auteur s’intéresse aux articulations entre espace urbain et espace psychique. À partir d’une expérience clinique et de recherches sur les adolescents en errance dans deux grandes villes africaines (Dakar et Bamako) il tente une exploration topologique des incidences subjectives singulières et groupales des lieux (cités de banlieues) et de la vie de la parole qui s’y joue. S’en suivent des considérations sur les tags et sur les usages de drogues.

Philippe Gutton : “ ruer dans les brancards ”

L’occasion de ce numéro d’Adolescence est en fait de renouveler discrètement une réflexion, concernant les conditions des rencontres entre adolescents et psychanalystes. La rue est le signifiant choisi aujourd’hui pour réfléchir sur l’ajustement des cadres à l’évolution culturelle. En outre, la rue n’est pas seulement un lieu où s’effectue une ouverture de la clôture familiale : thème de la cure. Elle est un espace-temps de subjectivation “ entre pairs ”, soumis à la “ loi du pairage ”.