Tous les articles par Admin

Michel Delage : adolescence, crise familiale et travail sur les liens

L’adolescence peut être comprise comme une crise des liens nécessitant la mise en place de nouvelles élaborations dans les rapports entre l’individu et l’environnement.

Lorsque des symptômes apparaissent et font l’objet d’une demande de consultation, ils doivent être compris à la fois dans la logique du sens, propre à la problématique du sujet, et dans celle d’une fonction au sein d’un ensemble groupal dysfonctionnel.

Une observation clinique illustre les modalités d’interventions thérapeutiques qui peuvent être mises en place à plusieurs niveaux.

Jean-Pierre Del Volgo : cannabis…, nouvel opium adolescent

Alors que de puissants groupes de pression militent en faveur d’une dépénalisation du cannabis, le débat entre adultes est faussé car il se développe sur cette question centrale : le cannabis est-il ou n’est-il pas neurotoxique ?

Or, les adolescents actuels consomment peu le cannabis pour « se défoncer » mais plutôt pour « s’endormir », y compris dans la journée, à l’école ou sur le lieu de travail. La consommation majoritaire de cannabis n’est plus récréative et n’est plus liée à la fête ou à la transgression. Ce nouveau mode de consommation qui a pour effet l’ivresse cannabique et pour but une ivresse banalisée dans les actes quotidiens, se rapproche inéluctablement de l’autre ivresse bien connue, l’ivresse alcoolique.

Voilà une très bonne raison de s’inquiéter du présent comme de l’avenir de ces adolescents.

Pascal Hachet : usages festifs de cannabis

Les très nombreux adolescents qui fument du cannabis de manière festive – ou récréative – n’entretiennent certes pas un rapport addictif avec les « joints ». Mais il est intéressant de remarquer que l’utilisation de ce produit n’est jamais étrangère aux divers aspects de la conflictualité constitutive de la crise d’adolescence : par delà le fait de disposer d’une alternative – ou d’un complément ! – à l’ivresse provoquée par les boissons alcoolisées, il s’agit de modifier ponctuellement ce qui est ressenti et pensé, de manière à améliorer le rapport avec les autres adolescents, à se familiariser avec le désir et les premières expériences sexuelles, à faciliter les manifestations d’humour et, parfois, à gérer une sensibilité excessive et des fantasmes sexuels et agressifs dérangeants. Des entretiens psychoéducatifs peuvent permettre à ces adolescents de questionner plus globalement le mal-être propre à leur âge, ses conséquences relationnelles et la façon dont ils essaient d’y remédier. À cet égard, la famille peut être utilement associée à la prise en charge.

Marie-Jeanne Guedj : passage à l’acte et urgence : cadre et réseau

À partir d’un nombre important d’urgences psychiatriques à l’adolescence (540 moins de 18 ans en 2001), le lien du passage à l’acte à la situation d’urgence à l’adolescence est exploré : la psychiatrie moderne ne tend-elle pas à définir une psychiatrie de l’acte ?

Celui-ci dépend de causes internes à l’adolescence mais aussi de l’environnement. Dès lors, le travail face à ces situations se définit à la fois par la constitution du service d’urgence comme cadre interne et à la fois par le développement d’un réseau externe.

L’évolution d’un service pour accueillir l’urgence psychiatrique à l’adolescence peut ainsi être décrite.

Maurice Corcos : contrat de soin : marché de dupes ou de partenaires ?

Le terme de contrat dans son intitulé laisse entendre un accord préalable clair ou à défaut, une contrainte mutuelle acceptée, en d’autres termes laisse augurer le définitif et le maîtrisé. Y accoler le qualificatif de soin ouvre à la notion de processus thérapeutique avec tout ce qu’il sous-entend de mouvement psychique vers un devenir soumis à l’ambivalence, au couple idéalisation-désidéalisation, à l’aléatoire. Le processus de travail engagé propose un cadre thérapeutique à la fois spatial et temporel qui crée les conditions d’émergence d’un espace transitionnel.

Il y a marché de dupes si la visée normative immédiate prédomine :

– traitement médicamenteux univoque ;

– imposture de l’efficacité symptomatique sans travail d’élaboration (favorisant les rechutes et les aménagements économiques défensifs laissant évoluer à bas bruit la problématique avec risque gravatif) ; de la vérification ; de la transparence dans l’information.

Stéphane Bourcet, Jean-Michel Permingeat : aspects juridiques de l’hospitalisation des mineurs

En France, l’hospitalisation des mineurs est régie par plusieurs textes législatifs et réglementaires qui mettent en évidence que la décision de l’hospitalisation et de soins appartient au titulaire de l’autorité parentale. Toutefois, ils posent aussi le principe, suivant en cela les conventions internationales des droits de l’enfant, de la nécessité du consentement du mineur aux soins et de la préservation, dans des cas spécifiques, de son secret médical.

Stéphane Bourcet : l’hospitalisation des adolescents

En France se créent depuis plusieurs années des unités spécifiques d’hospitalisation pour adolescents, dont les objectifs sont multiples : évaluer une situation clinique, contenir la symptomatologie, apporter une réponse adaptée et un traitement approprié en fonction du diagnostic établi. Ce type d’unité, jouant le rôle d’une instance de suppléance et de contenance, doit offrir un espace transitionnel dans lequel va pouvoir se déployer le fonctionnement psychique de l’adolescent qui est à la recherche d’un objet externe dont l’investissement est possible. Les difficultés rencontrées par les équipes soignantes sont nombreuses (violence hétéro et auto-agressive, travail avec la famille, etc.). Ces unités doivent définir l’outil de soin qu’elles représentent et connaître leurs caractéristiques, leurs limites et leurs objectifs.

Christian Mille : il doit sortir ce soir : une urgence en pédiatrie

Dans une unité de soins pédiatriques la priorité absolue est bien de faire de la place pour les entrants potentiels, porteurs de pathologies somatiques relevant spécifiquement de la compétence du service: l’incontournable gestion des flux impose des choix et des décisions hâtives peu compatibles avec le tempo plus lent nécessaire à l’organisation des soins dans notre discipline. Cependant, bien que subsistent des divergences dans la temporalité des soins, le contraste tend à ne plus être aussi caricatural entre somaticiens et « psychistes », dès qu’ils sont engagés au quotidien dans des prises en charge conjointes. À un certain infléchissement possible de la culture pédiatrique championne des hospitalisations courtes, correspond sans doute le souci des partenaires « psy » de forger des arguments recevables  pour défendre, dans un tel contexte, des « indications » de séjour prolongé.

Abdessalem Yahyaoui : parentalité en exil

L’auteur tente, à travers ce travail, de repérer les lieux de conflits de la parentalité dans le contexte migratoire. Il met l’accent sur la dimension intra et intergénérationnelle de ces conflits ainsi que sur l’absence de traces à partir desquelles les parents pourraient entrer en résonance avec l’adolescence de leurs enfants. Il cherche à dégager ces conflits du cadre restreint de l’intra-psychique, pour les inscrire dans un cadre plus global, interpersonnel, interpsychique qui inclut l’impact de l’environnement professionnel et social. Il propose les consultations thérapeutiques parents/adolescents, ouvertes sur le Réseau, comme une alternative au travail de remaillage de la parentalité et des fonctions parentales.

Isée Bernateau, Teresa Rebelo : « Un “ plume ” à la patte », psychopédagogie et subjectivation

À travers le cas de Wu-Ying, adolescent psychotique, nous essayons de montrer quels chemins le travail de liaison psychique peut emprunter. Le choix d’une aire transitionnelle à trois associant une enseignante de lettres et une psychopédagogue – toutes les deux psychologues cliniciennes – et la fréquentation d’une œuvre littéraire originale, Plume d’Henri Michaux, ont permis à Wu-Ying de subjectiver son histoire, grâce au jeu dynamique de la passivité et de l’activité pulsionnelle.