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Mouzayan Osseiran-Houbballah : après la guerre, que deviennent les enfants soldats ?

Dans cet article, l’auteur vient témoigner d’un travail métapsychologique autour de ces enfants-soldats, à savoir que ce qui anime dans un premier temps leur pulsion meurtrière devient, dans un second temps l’événement traumatique qui se répercute sur leur devenir psychique.

Elle illustre son propos par le témoignage d’un ex-enfant-soldat “ Samir ” qui a exécuté, à l’âge de quatorze ans, avec ses pairs, 350 personnes en une heure.

Vingt ans après, Samir n’arrive pas à oublier. Il demeure prisonnier de ses drogues et de ses rêves traumatiques répétitifs qui le pétrifient.

Adnan-Adel Houbballah : scène de guerre et fantasmes d’adolescent

L’auteur part de l’idée que chaque guerre est déterminée par un fantasme qui préside aux actions des hommes. Cette réalité psychique est d’autant plus vraie que la guerre civile qui est devenue un phénomène universel, retrouve sa causalité dans le mythe du meurtre du père. Dans ce recoupement entre mythe et fantasme, l’adolescent se retrouve au centre de ses préoccupations œdipiennes. La scène de la guerre devient pour lui le lieu privilégié pour mettre en actes ses fantasmes agressifs et incestueux. Une stratégie qui consiste à faire l’économie de la castration symbolique, d’autant plus que le père idéal fait irruption dans la scène pour pallier la défaillance du père réel.

 

Francis Maqueda : captive et soldat. Deux figures de l’adolescence dans la guerre civile au Mozambique.

Au terme d’une guerre qui a duré près de 17 ans au sud-est de l’Afrique australe, le Mozambique a compté pour ses 15 millions d’habitants, un million de victimes civiles et plus d’un tiers de la population déplacé. À la folie guerrière s’est ajoutée celle des enfants-adolescents embrigadés pour servir ou combattre ; enrôlés par milliers de gré ou de force, ils ont connu la séparation, la faim, la drogue, ont été battus ou ont combattu ; menacés de mort, ils sont subi des sévices ou les ont fait subir. Pour la plupart, enrôlés dès l’enfance, ils ont traversé la guerre en devenant adolescents voire adultes.

Les composants psychiques des sujets en cause impliquent des modes de compréhension complexes. Les uns, d’ordre général et psycho-dynamiques renvoient à la clinique des enfants victimes et à celle des auteurs de violences extrêmes. Les autres, plus spécifiques aux particularités locales demandent une dimension ethno-psychiatrique. Cependant, ces situations provoquent des attaques de la culture et du pacte fondamental qui allie les hommes entre eux, ce qui est préjudiciable pour l’avenir.

Marie-Rose Moro, Christian Lachal, Thierry Baudet : traumas extrêmes et adolescence

Les auteurs, tous trois engagés dans des actions de soins dans les terrains de guerre auprès d’adolescents, dans le cadre de Médecins Sans Frontières, décrivent la sémiologie traumatique en tenant compte de deux paramètres qui entraînent une grande variabilité : l’âge et le contexte culturel. Ils montrent la complexité de la sémiologie à travers une histoire clinique. Enfin, ils analysent quelques paramètres importants à mettre en place pour reconnaître et soigner l’impact traumatique sur ces adolescents endoloris, tragiquement désespérés et qui parfois cachent cette souffrance sous le masque du héros, de la violence et de la transgression.

 

Michèle Bertrand : à propos des traumas de guerre

Il convient de considérer le trauma et le traumatisme dans une perspective dynamique, à savoir comme quelque chose qui se poursuit et se transforme dans la durée. Ainsi, le PTSD (Post traumatic Stress disorders) a une portée limitée, parce que statique, et ne relevant que des symptômes d’un certain type. La notion de résilience, récemment promue, entérine ce point de vue dynamique. L’adolescent peut présenter des troubles qui ne relèvent pas de ce qu’il est convenu d’appeler la névrose de guerre, mais apparaissent comme plus graves et préoccupants.

 

Bernard Doray, concepcion de la gaza : de très jeunes combattants

Deux figures de la clinique de l’extermination et de l’auto-extermination forcée des Indiens mayas du Guatemala inaugurent cette contribution. On contraste cette approche qui se déploie entre clinique individuelle et histoire sociale, avec celle de Birahima, enfant-soldat du Liberia et de la Sierra Leone, qui appartient à la littérature et à l’histoire idéologique du temps présent.

Deux manières d’aborder un processus qui va s’amplifiant au rythme de la marée de paupérisation et de désymbolisation qui parcourt la planète. Les instances internationales installent des pare-feu juridiques, mais l’accompagnement psychologique des anciens enfants et adolescents combattants reste très peu investi de compétences cliniques véritables.

Odile Falque : de l’enfer

L’enfer est le lieu du remords se cachant sous le masque de la culpabilité. Il stigmatise “ l’angoisse d’éternité ”, plainte du patient Judas plongé dans l’irreprésentable et la fixité du temps. Sa position psychique est celle d’une identification féminine homosexuelle par rapport à une mère archaïque, retour du mort. L’enfer éternel est figé dans l’emprise de figurations religieuses originaires reliées aux imagos parentales dans la culture religieuse.

 

Marika Moisseeff : le monstre comme symbole de l’horreur maternelle

La sexualité des adolescents est devenue l’objet de toutes les attentions : il paraît essentiel, aujourd’hui, d’en prévenir les conséquences fâcheuses, au rang desquelles la grossesse occupe une place de choix. Or la métamorphose des adolescents en virtuels procréateurs et la maternité sont justement des sujets de prédilection dans les séries américaines qui leur sont destinées. La fonction procréatrice féminine y est présentée comme un phénomène parasitaire potentiellement mortel, force démoniaque qui menace l’humanité. Le héros rédempteur est féminin et sa trajectoire est comparable à un rite d’initiation.

 

Jocelyne Chastang : remords et re-mords, d’une homonymie inquiétante

Resituant le remords en lien avec la pulsion scopique et la castration maternelle, selon les travaux de Bonnet (Le remords. Psychanalyse d’un meurtrier), cet écrit tente de cerner l’évolution de cet affect, et notamment son intrication dans le processus de l’adolescence. L’hypothèse que le remords, en tant qu’angoisse d’effroi, peut sous certaines conditions, pousser à l’acte, sera développée, s’étayant sur le cas d’un patient ayant commis un meurtre immotivé en fin d’adolescence. Au travers de la reconstruction de l’enfance et de l’adolescence de ce patient, il s’agit de souligner comment la haine, les remords infantiles issus des relations précoces mère-enfant ne seront contenus lors de la période adolescente que par des réponses autodestructrices, errances pathologiques, toxicomanie… Ces solutions invalidées par l’impasse pubertaire mèneront le sujet, “ hanté ” par les imagos maternelles, jusqu’à l’acte meurtrier.

Stéphanie Frémont : acte sexuel violent et débordement du remords à l’adolescence : l’histoire de leila

À partir de la conceptualisation de Bonnet et de l’histoire d’une adolescente de seize ans amenée à commettre un viol sur la personne d’une autre jeune fille, plusieurs idées peuvent être dégagée quant à la spécificité du remords à l’adolescence et quant à son incidence dans le déclenchement d’actes violents.

Si le remords s’inscrit très tôt dans l’histoire du sujet, transmis à travers la filiation et repris par celui-ci en fonction de sa place dans l’ordre générationnel et de son propre vécu, l’adolescence le rendrait d’autant plus pesant que le sujet est pressé par son corps pubère de sortir des pactes fantasmatiques familiaux qui l’emprisonnent pour accéder à une identité génitale. Le remords à l’adolescence viendrait signer, pour l’adolescent, l’impossibilité de s’autoriser de son sexe et témoigner de l’enfermement de celui-ci dans une impasse entre l’identification primaire à la mère active et toute puissante et l’identification secondaire, œdipienne. Se heurtant à la nouveauté génitale, le remords pourrait conduire le sujet au passage à l’acte, ce moment fou de débordement du remords signant, de façon paradoxale, à la fois l’incapacité du sujet de s’engager sur la voie de l’accomplissement pubertaire et à la fois, son ultime tentative, vaine et désespérée, de redevenir sujet de son histoire. Et si cet acte s’avère un échec dans sa visée libératrice, peut-être pourra-t-il permettre au sujet, soutenu par le lien transférentiel, de reprendre la parole.