Plusieurs observations recueillies au cours d’une recherche menée sur le comportement sexuel des sourds face au sida mettent en avant la fréquence des partenaires entendants chez les homosexuels sourds. À travers l’analyse approfondie du discours d’un jeune homme homosexuel et sourd, nous verrons comment ce choix d’objet peut s’envisager comme une étape du travail adolescens et se comprendre comme une initiation homoérotique qui restaure une image spéculaire phallique.
L’adolescence confronte le sujet à l’intégration de son identité sexuelle génitale et à son devenir d’adulte au milieu d’autres adultes. Ces changements ne vont pas sans conduire au remaniement de la symbolique phallique, signe de complétude narcissique dont les supports corporels se référent au corps total et au pénis. En même temps que l’évolution du symbole phallique, s’opère une révision des idéaux qui y sont associés. Les difficultés rencontrées s’accompagnent de mouvements défensifs, en particulier homoérotiques, susceptibles de se fixer. Les modèles d’identification proposés au jeune par les adultes influent de façon importante sur son devenir.
L’auteur traite de la question des relations entre l’homosexualité et les troubles de l’identité sexuée au moment du tournant que marque la puberté. L’homosexualité ne comporte pas, dans la grande majorité des cas un refus du sexe d’assignation. Le refus du sexe d’assignation s’accompagne souvent d’un attrait pour les personnes du même sexe biologique, mais que le sujet ne considère pas comme homosexuel : cet attrait est la conséquence de son “ vrai sexe ” opposé à son sexe biologique. La pratique sexuelle des transsexuels féminin vers masculin est différente de celles des homosexuelles ; celle des transsexuels masculin vers féminin est différente de celle des homosexuels passifs.
À la puberté, le refus du sexe d’assignation s’accroît ou se révèle ; c’est aussi à la puberté que l’homosexualité prend une forme plus concrète ou apparaît, bien qu’il y ait dans les deux cas des “ vocations tardives ”.
L’étiologie du transsexualisme comme celle de l’homosexualité est incertaine. il ne faut pas se précipiter pour étiqueter homosexuel un adolescent qui a des expériences homosexuelles et pour opérer un adolescent qui en exprime le désir.
Après l’étude du cas “ Félix ” et des concepts kleiniens d’objets internes et de fantasmes insonscients que l’analyse de cet adolescent illustre, l’auteur explore, au travers de la cure d’Ilse, les conceptions kleiniennes de l’identité sexuelle féminine.
Klein a centré l’analyse d’Ilse sur le sadisme envieux de cette adolescente à l’égard d’une mère interne fantasmatiquement propriétaire du père et sur la culpabilité omnipotente convoquée en miroir des dits fantasmes sadiques. Cette culpabilité avait dérobé à Ilse son passage à la “ puberté psychique ” et, par voie de conséquence, toute la suite de son développement. Si la première partie de l’analyse fixa Ilse à la latence, l’atténuation dans l’analyse de sa culpabilité améliora son sentiment d’identité, de responsabilité personnelle : Ilse devint plus authentique, plus libre.
Le postulat de la place centrale du rythme dans la vie psychique invite à en retrouver les enjeux dans la pratique clinique, en particulier pour la prise en charge des problématiques adolescentes dans lesquelles le désinvestissement se double d’un suspens du temps. Deux vignettes émanant d’une pratique en hôpital de jour se proposent de montrer comment la cure institutionnelle peut, à sa manière, relever le défi d’une ré-animation de la dynamique désirante et temporelle du sujet par celle de sa rythmicité interne.
Fantasio et Léonce, les deux héros adolescents des comédies éponymes de Musset et Büchner, sont aux prises avec une temporalité immobile, synonyme d’ennui, de ressassement et de vide. Cette temporalité ouvre sur la mort, envisagée comme seule réalité dès lors qu’ils quittent le hors-temps édénique d’une enfance dont le fantasme de l’enfant mort serait le symptôme. Ce rapport désespéré au temps serait le signe du traumatisme que représente, à l’adolescence, la rencontre de l’objet génital. La mort serait mise en avant pour se protéger du sexuel, et la suspension du temps serait la stratégie dramatique mise au point pour “ retarder ” la rencontre amoureuse redoutée.
Un travail psychanalytique à plusieurs est indiqué pour traiter cette forme particulière de transfert qui survient régulièrement dans le traitement institutionnel de jeunes patients souffrant de troubles psychotiques ou d’une pathologie de comportement (cas limites). Le degré d’aliénation est alors tel en effet que la répétition va tendre à être induite dans l’autre – le thérapeute en l’occurrence – en l’absence d’un fantasme constitué dans certains secteurs du psychisme du patient. Tout se passe comme si la restitution (Freud, 1937) et l’appropriation subjective de ces éléments par le patient nécessitaient un détour dans l’espace psychique des soignants (de façon souvent éprouvante pour ceux-ci), les obligeant dès lors à élaborer avant tout ces données subjectives entre eux.
Les théories sexuelles pubertaires (T. S. P.) masculines sont caractérisées d’une part par leur ancrage dans les premiers éprouvés orgastiques, condensant décharge d’excitation, de sperme et de cellules germinales ; et d’autre part par leur destin vers différentes théories des fluides, dont l’économique. Cette transformation est ici suivie chez un patient adulte. Le chemin inverse nous amène à poser l’hypothèse que la théorie économique de Freud serait dérivée de ces théories sexuelles pubertaires.
Dans ce travail nous proposons une conceptualisation prenant en compte la théorie de l’esprit, l’adolescence pouvant être caractérisée comme l’âge où le sujet formule pour lui-même une méta-théorie de l’esprit : il investit de pensées ses propres pensées. Le résultat de cette méta-théorie de l’esprit pourrait se figurer à travers l’idéal du moi dont on sait qu’il est une instance qui se dégage au cours de l’adolescence.
Le registre du moment pose directement la question de la désirance et de son influence dans le processus de subjectivation. À partir de la problématique de la rencontre chez le libertin, l’auteur propose une mise en exposition des enjeux de la relation à l’entrée du génital. Le registre de la défaite consentie instituerait la création d’un soi amoureux masochique sur lequel s’appuierait, en partie, l’évolution subjectale. Le moment – par l’effet de dessaisissement qu’il introduit dans la rencontre, mais également par cet effet de mise en perspective qu’il suscite – potentialiserait cette opération déterminante pour le sujet génital.
Revue semestrielle de psychanalyse, psychopathologie et sciences humaines, indexée AERES au listing PsycINFO publiée avec le concours du Centre National du Livre et de l’Université de Paris Diderot Paris 7