Les souffrances de la solitude, qu’on lie en général à l’isolement, mais qui sont aussi de nature dépressive, pourraient être rattachées à cette conduite – infantile et adulte – de bouderie, laquelle consiste à feindre certains types de souffrance afin d’exercer un chantage sur autrui. La bouderie a des effets physiologiques nocifs ; elle comporte aussi des bénéfices secondaires (particulièrement visibles chez le Rousseau des Rêveries du promeneur solitaire) ; elle risque enfin de déclencher des refoulements entraînant la disparition de son sens et transformant une conduite « voulue » en un ensemble de symptômes subis. La restitution du sens originaire de cette conduite pourrait fournir des arguments à une psychanalyse qui insiste sur la dimension du « sujet ».
Archives par mot-clé : Dépression
Jacques Dayan : depressiveness and depression
There is a tendency in the systemic psychiatry of mental states to consider periods of sadness or persistent discouragement in the adolescent, or even just morose states, as signs of pathology. Following the theories of D. W. Winnicott, E. Gut, P. Fédida and Ph. Gutton, we develop the dynamic viewpoint according to which the depressive movement that is inherent to mental life plays a part in the regulation of psychical life. Set in motion by loss or abandonment, it fosters the redistribution of investments, a veritable « re-affectation ». The depressed adolescent subject needs to be accompanied, not immediately treated. Although the outcome of adolescent depressiveness is usually favorable, we will examine some possible harmful outcomes, calling depression in such cases « unproductive », « death depression » or « depression of unbinding ». Two emblematic pathological figures, mental anorexia in the young girl and addictive conducts, are seen as resistances to depressiveness, which is nonetheless a key part of a process of integration. These illustrate, following the example of the dismantling of thought in psychotic depressions – desperately expressed in artistic productions – the essential role that the body plays as a constituent and a means of psychical life.
revue Adolescence, 2011, T. 29 n°4, pp. 737-745.
Jacques Laget : cuts, painting with the blood, glance of the therapist
During a session of psychotherapy, Benoît, 15 year-old, asks if he can make a painting of his blood – painting which he realizes then, at home, and describes in the following session : the eyes of Horus, which he found on internet. He presents a severe depression and projects of suicide, he cuts himself, the narcissistic fragility is massive and the identical problem in the foreground. Benoît claims his depression, says his fascination for its scars, he assimilates his need to see pouring his blood as a dependence with a drug. He wants to cut himself, he needs it, he feels existing. The blood relationships unite him strictly to her twin sister. He says that he does not suffer when he cuts himself, He undergoes in adversity, he feels and paradoxically hardens… The pain strengthens him and there even strengthens the limits of the ego. He so treats his excess big sensibility, signs for him of weakness and passivity which we set against the violence, the power and the strength which he feels in his auto-aggressive behavior.
Glances : his on his blood and painting. The place of the glance, the glances, the eyes of Horus, internal glance of Benoît on his blood which pours, his scars, trying to appropriate a body and a psyche which change and threaten it. Glance of his parents who suffer, he knows that, bewildered, they panic at the beginning, but their glances evolve. Glance of the therapist on his painting, as « adolescent » creation, and resumption of the myth in the therapy. The therapist, the psychotherapy of the attacks of the body, restore a relationship associating creation and representation, opening in the sense.
Adolescence, 2011, T. 29 n°2, pp. 355-383.
Jacques Dayan : dépressivité et dépression à l’adolescence
Une tendance à la psychiatrisation systématique des états mentaux conduit à considérer les périodes de tristesse et de découragement persistants de l’adolescent, voire les seuls états de morosité, comme des figures de la pathologie. Nous développons avec D. W. Winnicott, E. Gut, P. Fédida et Ph. Gutton, le point de vue dynamique selon lequel le mouvement dépressif, inhérent à la vie mentale, participe à la régulation de la vie psychique. Mis en jeu par la perte ou l’abandon, il favorise la redistribution des investissements, véritable « ré-affectation ». Le sujet adolescent déprimé nécessite d’être accompagné, non d’être d’emblée soigné. Bien que l’issue de la dépressivité adolescente soit le plus souvent favorable, nous en examinons certains destins dommageables, qualifiant la dépression de « non productive », de « dépression de mort » ou de dépression de déliaison. Deux figures pathologiques emblématiques, l’anorexie mentale de la jeune fille et les conduites toxicomaniaques, sont envisagées comme résistance à une dépressivité, pourtant élément clé d’un processus d’intégration. Elles illustrent, à l’instar du démantèlement de la pensée dans les dépressions psychotiques – désespérément exprimé dans des productions artistiques – le rôle essentiel que joue le corps comme constituant et moyen de la vie psychique.
Adolescence, 2011, T. 29 n°4, pp. 737-745.
Jacques Laget : coupure, peinture au sang, regard du thérapeute
Au cours d’une séance de psychothérapie, Benoît, quinze ans, demande s’il peut faire une peinture de son sang – peinture qu’il réalise ensuite chez lui et décrit à la séance suivante : les yeux d’Horus, qu’il a trouvé sur Internet. Il présente une dépression sévère et des projets de suicide, il se scarifie, la fragilité narcissique est massive et la problématique identitaire au premier plan. Benoît revendique sa dépression, dit sa fascination pour ses cicatrices et ses scarifications, il assimile son besoin de voir couler son sang à une dépendance à une drogue. Il veut se couper, il en a besoin, il se sent exister. Les liens du sang, devenus sanglants ici, l’unissent étroitement à sa sœur jumelle. Il dit qu’il ne souffre pas quand il se coupe, Il subit dans l’adversité, il s’éprouve et paradoxalement s’endurcit… La douleur le renforce et par là même renforce les limites du Moi et le Moi. Il traite ainsi sa trop grande sensibilité, trait rapporté de son enfance, signe pour lui de faiblesse et de passivité… qu’on oppose à la violence, la puissance et la force qu’il ressent dans ses comportements auto-agressifs.
Regards : le sien sur son sang et sa peinture… La place du regard, des regards, les yeux d’Horus, regard intérieur de Benoît sur son sang qui coule, ses cicatrices, cherchant à s’approprier un corps et un psychisme qui changent et le menacent. Regard de ses parents qui souffrent, il le sait, sidérés, ils paniquent au début, mais leurs regards évoluent. Regard du thérapeute sur sa peinture, sa création « adolescente », et reprise du mythe dans la thérapie. Le thérapeute, la psychothérapie des attaques du corps rétablissent du visuel, en répondant à la sollicitation du regard, dans le cadre d’un échange associant création et représentation, ouverture au sens.
Adolescence, 2011, 29, 2, 339-353.