Le traitement psychanalytique d’un garçon ayant débuté une maladie de Basedow à l’adolescence permet d’ouvrir la discussion au sujet des remaniements psychiques à cette période de la vie et de leur possible implication psychosomatique. Les différences entre procédés autocalmants et masochisme sont envisagées dans cette perspective clinique.
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Jean-Claude Elbez : psychosomatique et processus d’adolescence
L’adolescence, avec ses processus pubertaires et de subjectivation, constitue un moment particulièrement sensible de reprise, après coup, de traumatismes primaires. Dans l’occurrence où ces conflits seraient restés en marge de la représentation et auraient généré des défenses psychiques sur la modalité du clivage, les processus pubertaires ouvriraient sur un retour du clivé, et s’il s’était agi de répression, d’un retour du réprimé : dans les deux cas, ce qui risque de faire retour, dedans, serait une destructivité déliée, ouvrant la voix à une désintrication pulsionnelle, voire à une dépulsionnalisation de la pulsion en instinct, avec risques de désorganisation somatique.
Stéphane Bourcet, Camille Rossi : la plainte hypocondriaque à l’adolescence
Les plaintes hypocondriaques, fréquentes à l’adolescence, sont une demande faite à l’autre et s’adressent à un objet d’amour et/ou de haine. C’est de l’effraction traumatique induite par la puberté que l’adolescent vient se plaindre et prendre à témoin les autres. Les plaintes hypocondriaques sont porteuses d’un investissement narcissique massif. L’organe, dont l’adolescent se plaint, condense le corps traumatisé dans sa globalité par la génitalisation. Le corps, centré par ses plaintes multiples, est un lieu de projection, cristallisant dans la masse corporelle toute pensée, qui devient alors asignifiante. L’adolescent hypocondriaque, animé qu’il est par un fantasme sous-jacent très actif d’immortalité, semble substituer la dimension temporo-spatiale de la maladie au temps et à l’espace de l’existence humaine, marquée par sa finitude.
Véronique Dufour, Serge Lesourd : les scarifications, traces du rien
À partir d’un travail avec une adolescente qui se scarifie les auteurs proposent une lecture des passages à l’acte sur le corps comme tentative, différenciée selon les pratiques, de construire un objet du désir. Les scarifications procèdent à cette opération par la coupure, là où les piercings soutiennent celle-ci par l’excitation pulsionnelle, ce qui traduit un rapport différencié du sujet à l’Autre.
Valérie Boucherat-Hue : de la crise pubertaire aux crises allergiques “ à géométrie variable ”
Tenir l’adolescence et ses remaniements pubertaires pour une étape développementale moins sensible que d’autres aux désorganisations somatiques est un point de vue souvent avancé par les psychosomaticiens qui, en psychanalyse, est loin de faire l’unanimité.
Il repose sur le postulat économique d’une corrélation négative entre crises psychiques et crises somatiques qui sera mis à l’épreuve de la clinique à partir d’une recherche sur le fonctionnement allergique de jeunes adultes et de grands adolescents asthmatiques.
Il résulte de cette étude que les crises d’asthme à l’adolescence doivent non seulement être rapportées à l’ensemble de l’économie psychosomatique individuelle qui en détermine la nature et la fonction, mais aussi être envisagées selon une approche psychodynamique car elles sont susceptibles d’organiser le processus pubertaire plutôt que de le court-circuiter dans bien des situations cliniques.
Ainsi, peuvent être différenciées les crises allergiques “ régressivantes ” survenant par évitement d’une conflictualisation pubertaire représentable, les crises allergiques “ élaboratrices ” émergeant par surcharge fantasmatique avec un effet symboligène stimulateur et les crises allergiques “ rupturelles ” intervenant par décharge pulsionnelle à valeur de déliaison psychosomatique.
Ce travail contribue à soutenir que les critères d’âge d’entrée dans la maladie, de même que la décompensation inaugurale ou l’aggravation d’un asthme allergique à l’adolescence, ne préjugent pas du pronostic somatique et psychopathologique de l’âge adulte.
Philippe Gutton : esquisse d’une théorie de la génitalité
Le texte comprend trois parties. L’archaïque génital est un concept réexaminé. Il est installé comme processus primum movens du pubertaire. La subjectivation ou adolescens prend origine dans les premiers mécanismes gérant les éprouvés originaires : investissement, désinvestissement, contre-investissement. Les concepts de refoulement et de répression originaires sont particulièrement étudiés dans les avatars de la construction de la scène pubertaire. La clinique dite du breakdown est théorisée de façon renouvelée. Une étude de la fonction onirique à la puberté reprend par la clinique les processus en jeu.
David Le Breton : la profondeur de la peau
La peau, pour le meilleur ou pour le pire, est un instrument de fabrique de l’identité, de manière ludique à travers tatouages ou piercings, ou de manière plus douloureuse à travers les scarifications. Par le sacrifice d’une parcelle de soi dans la douleur, le sang, l’individu s’efforce de sauver l’essentiel. En s’infligeant une douleur contrôlée, il lutte contre une souffrance infiniment plus lourde. Sauver la forêt implique d’en sacrifier une partie. De même pour continuer à vivre il faut parfois se faire mal afin de lutter contre la détresse.
Nathalie Zilkha : honte(s)
S’appuyant sur des aspects fondamentaux du processus d’adolescence, l’auteur creuse la question de la transformation des éprouvés de honte à cet âge de la vie, leur désorganisation et leur réorganisation. L’accent est mis sur ce qui contribue au caractère souvent traumatique de la honte et son impact sur le narcissisme du sujet, notamment la passivation face à l’émergence pulsionnelle pubertaire, génitale et prégénitale, ainsi que le remaniement des identifications.
Ignacio Melo : passages au corps II
Dans le face à face d’un adolescent et d’un psychanalyste, le corps est un élément du discours mais aussi une donnée sensible et immédiate offerte au regard de l’autre, a fortiori lorsqu’il est question de tatouage, de piercing ou d’automutilation. Dans ces conditions, rester un psychanalyste-sujet implique une réponse indissociable de la construction d’une théorie sur le Corps.
Philippe Gutton : souffrir… pour se croire
L’automutilation serait un appareil de croyance venant panser la grande difficulté à croire en sa propre construction subjectale. Appareil simple s’il vise à monter des scenari sadomasochistes au modèle hystérique. Plus complexe lorsqu’il remplit une mission fétichique transitoire. Dramatique sont ces conduites dans les effondrements narcissiques pubertaires.