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Annick Jullion : la pratique de prostitution, une tentative d’auto-guérison ?

Les récits de conduites de prostitution font état de besoin d’agir fébrile, d’actes sexuels répétitifs, compulsifs Se prostituer pour fuir un état psychique pénible, préférer la voie de la décharge à travers un acte magique plutôt que d’être débordé affectivement ?

En travesti sur les trottoirs ou exhibé sur la scène des cabarets être admiré, omnipotent, pouvoir tout se procurer ?

La pratique sexuelle de la prostitution tente-t-elle de réparer un sentiment d’identité mal assuré ? Sur des assises narcissiques précaires la prostitution intervient-elle comme tentative d’auto-guérison ?

Viviane Dubol : la prostitution, entre orifices du corps et mots, une expérience de subjectivation ?

Cet article se veut être une réflexion clinique sur l’acte de prostitution et les enjeux psychiques qu’il met en scène. Un retour sur l’histoire des hypothèses de recherche et des moments forts permet de souligner combien le repérage de l’anamnèse et des traumatismes est insuffisant pour comprendre le destin prostitutionnel. L’écoute de la clinique m’a amenée à prendre en compte la force des mots ayant valeur d’injonction comme le “ Tu n’es qu’une prostituée ” ou le “ Je suis une prostituée ” fabriqué par le sujet lui-même. C’est dans ce contexte de sensibilité aux mots que la fonction du “ quatrième personnage ” s’est déployée, comme figure d’un Autre social féminin à qui s’adresserait l’acte de prostitution et de ce qui s’y joue pour le sujet. En effet, et telle est notre hypothèse de recherche, l’érotologie de certaines passes participerait d’une construction de soi à travers des éprouvés auto-érotiques autour des orifices du corps et de ce que la psychanalyse appelle l’objet petit a. Comme l’indique ce que nous avons décrit de “ la passe symbolique ”, l’amour n’est pas absent d’un tel processus de subjectivation.

 

Jacques Goldberg, Philippe Givre : des subjectivations à l’adolescence

La notion de subjectivation, pour aborder le travail adolescent, implique d’interroger la spécificité du sujet en question et les enjeux d’un processus qui seront dégagés à partir de l’examen de trois ouvrages. Il s’agira donc de nous ressaisir de la singularité de ces trois approches originales du processus de subjectivation : sujet de la chair et “ inconscient premier ” (Cahn) ; oscillation hystérico-dépressive et mélancolie de base (Richard) ; travail de retournement passif/actif et accès à un “ se laisser faire par les signifiants ” (Penot). L’accent sera mis sur la fonction centrale du réel du corps sexué qui semble à certains égards sous-estimée par ces auteurs. Dans un second temps, et dans la deuxième partie de l’article (qui sera publiée dans le numéro suivant de la Revue), les options que nous avons retenues nous porterons à examiner le rapport du sujet à ses “ potentialités ” réelles qui le constitueront comme sujet social et culturel, ainsi que le travail d’auto-création et celui de sublimation(s) appréhendés comme essentiels aux dégagements pulsionnels. Si le sujet en question est un “ moi-sujet ”, il en résulte au niveau des approches cliniques, une mise en tension entre deux intentionnalités : l’une au niveau du moi (fonctionnel et narratif) et l’autre au niveau du sujet (divisé et confronté à la castration).

Christine Condamin-Pouvelle : l’héritage mortifère du pavillon d’or

 

Le contenu intrinsèque de l’œuvre du Pavillon d’Or est analysé dans une perspective psychanalytique. Les correspondances entre le romancier Mishima et le jeune héros Mizoguchi ne sont que suggérées, l’auteur s’attachant davantage à expliquer pourquoi le jeune adolescent, accueilli comme novice en formation dans le monastère du Pavillon d’Or, est amené à la décision criminelle d’incendier le célèbre temple. Les aléas de la construction du moi lors des phases préœdipienne et œdipienne et la difficulté pour le héros de trouver une place de sujet désirant sont étudiés. La question centrale porte sur le statut particulier du Pavillon d’Or dans l’économie psychique du héros : réalité, fantasme, hallucination ou objet endopsychique ?

Gérard Bonnet : le trouvère. Quand la rivalité des doubles tourne à l’atteinte du corps propre

 

L’adolescent qui s’en prend à son propre corps est souvent enfermé dans une logique des doubles dont il cherche à se protéger et à émerger. Celle-ci présente l’avantage de maintenir l’illusion de toute-puissance éprouvée quand il était enfant, de la projeter en l’autre avec la violence qui l’accompagne, et de fixer cette dernière en la retournant sur soi de façon ciblée et limitée. Les automutilations qu’il s’inflige constituent ainsi des témoins réels de l’illusion dont il a besoin pour se construire. L’intérêt d’une œuvre comme Le Trouvère de Verdi est de nous faire accéder au scénario mythique sous-jacent à ce type de comportement et d’ouvrir la voie à son analyse. On y découvre en particulier comment l’automutilation constitue chez certains adolescents un rite de passage grâce auquel ils s’affrontent à un double mythique, d’abord à leurs dépens, mais en gardant aussi la possibilité de le démasquer.

Olivier Douville : attaques contre le corps ou retour au geste

 

Une clinique de l’automutilation à l’adolescence est possible à la condition de situer l’adolescent comme étant dans une crise phénoménale entre deux corps. Non seulement le corps enfantin et le corps adulte, mais surtout entre le corps des pulsions partielles et le corps phallicisé. La scène des origines du corps humain est psychiquement retrouvée, recréée à ce moment-là. L’auteur fait le pari que la lecture des échanges entre Caillois et Bataille permet d’entrevoir ce qu’est la tension adolescente dans sa subjectivation du corporel.

Jacques Maître : l’automutilation comme retour du religieux ?

L’objet de cette contribution est de repérer dans l’histoire du catholicisme des éléments dont l’écho peut se détecter quand nous analysons les automutilations adolescentes actuelles au sein de la société française. Pour l’Antiquité, on trouve la référence au martyre comme modèle d’ascèse ; pour le Moyen Âge, l’avènement du Christ gothique. Le rapprochement entre les textes anciens et les données actuelles de la clinique prendra tout son relief à la lecture des messages échangés au sujet des automutilations par les jeunes qui s’expriment sur les forums d’Internet.

L’héritage du passé catholique peut se lire dans les pratiques de flagellation, illustrées par les mortifications que s’infligeaient au XVIIe siècle Marie de l’Incarnation et son fils dom Claude Martin. Nous trouvons aussi l’inscription corporelle des stigmates de la Passion et l’anorexie mystique ; celle-ci préfigure, dans le cadre de la virtuosité mystique catholique, l’anorexie mentale qui en fournit une version sécularisée, tenue maintenant pour une des pathologies majeures de l’adolescence. Le lien entre les automutilations adolescentes et l’anorexie est bien connu en épidémiologie.

Dans le champ de la « post-modernité », les pratiques scarificatoires se rattachent d’une certaine façon au catholicisme médiéval à travers des courants tels que le « ghotik », notamment quand le chanteur Marylin Manson utilise comme emblème le tableau de Grünewald représentant la Crucifixion d’une façon quasi expressionniste. Les propos des jeunes qui s’adonnent à ces pratiques montrent une volonté de fuir un monde inhabitable. Il faut cependant bien distinguer les différents cadres institutionnels où vivent ces adolescents : famille, foyers d’accueil. En milieu carcéral, ce sont même des adultes qui s’infligent des scarifications et des brûlures pour « faire avec » leur détresse existentielle.

Enfin, cette réflexion aboutit à une question chère aux médias : assistons-nous à un « retour du religieux » ? Il s’agit au contraire d’une déperdition radicale de l’emprise exercée sur la population française par ce qui fut le « religieux » dominant d’autrefois, l’Église catholique. Le dogme sans cesse réaffirmé par le Magistère se trouve en manque croissant de crédibilité, ce qui permet d’en réemployer des éléments épars sans aucune adhésion au système dogmatique, comme on le voit avec la mode actuelle des relations personnelles avec l’ange gardien. Il en va de même avec le satanisme des jeunes gothiques. D’ailleurs, nous n’aboutissons pas à des cérémonies instituées, mais à des rituels privés qui constituent un cri de souffrance en appelant au paradis d’une écoute chaleureuse.

Philippe Givre : l’autosabotage : mode d’être adolescent

Au-delà d’une simple conduite psychopathologique, l’autosabotage, dans l’acceptation que lui donne Jeammet, reflète le maintien d’une situation de dépendance et traduit un échec des processus psychiques internes à aménager la relation. Ainsi, via ce langage comportemental ou néo-langage, l’adolescent cherche à créer une néo-identité capable de compenser le déficit des processus d’intériorisation et du même coup à juguler la présence de failles narcissiques que les processus adolescents auront mis à jour par la quête de sensations.

 

L’autosadisme sous-jacent à l’autosabotage repose, de fait, sur une sorte « d’auto-érotisme compensateur » qui est aussi un auto-érotisme pétrifié ou perverti pour devenir comme dans les addictions, purement machinal et autodestructeur en favorisant notamment la désobjectalisation de ces conduites qui vont alors s’ériger en mode d’être ; un mode d’être qui instaure le goût de la déréliction en lieu et place de la dynamique désirante.

Dominique Agostini : le concept de « saboteur interne » selon w. r. d. fairbairn

 

Ce texte explore « la situation endopsychique de base » décrite par Fairbairn. Cette situation est celle d’un « moi » clivé. C’est-à-dire d’une position schizoïdale que Fairbairn considère comme centrale et base de sa théorie de la structure mentale. La « situation endopsychique de base » est composée de trois structures du « moi » qui bien que correspondant grossièrement à la tripartition freudienne, sont conçues comme des structures du « moi » intrinséquement dynamiques les unes par rapport aux autres. C’est la structure moïque anti-libidinale ou « saboteur interne » qui occupe la position centrale de ce texte.

Haouri Maïdi : passion et adolescence

 

Passion et adolescence évoquent toutes deux la problématique de la démesure, l’excès et l’extrême, le trop du trop. L’amour est ici insensé et insupportable, lié au besoin de l’autre plutôt qu’à l’expression du désir. Aussi, au-delà de l’exigence d’emprise sur l’autre cause du besoin, rencontre-t-on chez le sujet passionnel un sadomasochisme intrasubjectif agi et de fréquentes conduites autodestructrices (autosadisme). Ici, la victime et le bourreau sont particulièrement fondus et amalgamés.