L’accroissement des demandes de prise en charge institutionnelle d’adolescents indique soit que les crises d’adolescence sont devenues plus aiguës, soit que les formes d’organisation actuelles des familles les rendent incompétentes à les gérer en leur sein. Cette sollicitation s’explique aussi en partie par l’absence de procédures médiatisant le passage à l’âge adulte. Beaucoup de conduites adolescentes évoquent d’ailleurs des esquisses ratées de rituels d’initiation. Le travail avec des adolescents ne peut qu’être enrichi et amélioré par la connaissance des rites de passage pratiqués par les sociétés traditionnelles. Le cadre de contenance de la violence et de la sexualité qu’offrent ces rites, les procédures d’affiliation au monde adulte qu’ils mettent en œuvre, la réélaboration de l’ordre symbolique qu’ils impulsent, etc., permettent d’éclairer certaines impasses auxquelles les institutions accueillant des adolescents sont régulièrement confrontées.
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Margot Waddell : l’interprétation dans le travail avec les adolescents
L’auteur expose à la faveur d’un cas issu d’une évaluation et de plusieurs exemples, la difficulté des propos interprétatifs avec les adolescents.
L’importance des troubles signent davantage des processus adolescents eux-mêmes en cours, qu’une pathologie avérée. Elle contraint le thérapeute à la rigueur et à la prudence lors de ses interventions et interprétations.
Guy Lavallée : vision, pensée, narcissisme : que se passe-t-il quand “ tout est visuel ” ?
Il s’agit de chercher à poser les rapports entre la vision, la pensée, les langages parlés ou “ signés ” et le narcissisme à l’adolescence, tels qu’ils sont électivement révélés par la surdimutité. Pour toute personne sourde, la vision fait l’objet d’un surinvestissement salvateur et problématique à la fois. Son importance n’a pas besoin d’être soulignée, mais sa prégnance pose question. La théorie de “ l’enveloppe visuelle du moi ” permet de poser la problématique théorique, et quelques fragments de la psychothérapie d’un adolescent malentendant témoignent de la problématique clinique : souffrance narcissique et souffrance de pensée.
Mareike Wolf : préadolescence, différence des sexes et latence dans des bandes dessinées et des dessins animés
Qu’est-ce qui dans les bandes dessinées « Titeuf » et le film des dessins animés « South Park » fait tant rire les adultes ?
Enfants en périodes de latence et préadolescents en sont les héros et convoquent chez l’adulte, à travers la « grivoiserie », l’évolution de la sexualité infantile et les questions de la différence des sexes.
Serge Tisseron : comment aider les adolescents à ne pas être dupes des images
La tendance à croire aux images est fondamentale à la vie psychique. Pourtant, les images – notamment violentes – peuvent proposer des modèles, mais elles sont incapables à elles seules d’imposer le désir d’y correspondre. Elles sont le plus souvent recherchées pour leur pouvoir de figurabilité, autant dans le domaine des états du corps et fantasmes archaïques que des émotions de la vie quotidienne parfois difficiles à se représenter.
Les adolescents utilisent spontanément trois moyens complémentaires pour gérer le malaise provoqué chez eux par les images violentes : le langage, les représentations intérieures et les représentations corporelles. Ces trois moyens sont la clé de l’éducation aux images.
Christian Flavigny : l’adolescence « en puissance » : une mutation. Initiatique, mystère et potentialité
L’adolescence est passage, transition, mutation : elle ne se fonde plus dans les virtualités propres à l’enfance, ni selon l’accomplissement propre à l’âge adulte ; elle correspond au temps des potentialités et s’établit dans la catégorie du potentiel : l’adolescence est « en puissance », aux deux sens de l’expression. L’horizon de son questionnement n’est plus l’énigme (valant dans l’enfance), pas encore l’inconnu (pour l’âge adulte), mais fondamentalement le mystère, qui en appelle à une dynamique initiatique questionnant une possible révélation (dévoilement et apocalypse). Le mécanisme psychique régissant la relation au symbolique n’est plus le désaveu (organisant la relation de l’enfance à la différence des sexes et à la finitude) mais la dénégation (correspondant à l’advenue d’un processus secondaire).
Christian Mille : Actualité du travail de séparation à l’adolescence ?
Peter Blos a soutenu l’idée d’un second processus de séparation-individuation à l’adolescence, conçu comme une relance obligée de la différenciation psychique mise à mal par les bouleversements pubertaires. La fécondité de cette hypothèse théorique mérite cependant d’être interrogée au regard des exigences de la métapsychologie freudienne. Il importe pareillement de prendre en compte le rôle dévolu à l’objet lui-même, objet dont les réponses ne sont pas sans incidence sur le déroulement de ce processus indéfini d’appropriation subjective. Peut-on enfin vérifier l’intérêt de cette hypothèse dans la compréhension de certaines manifestations psychopathologiques à l’adolescence imposant des aménagements spécifiques de la relation thérapeutique ?
Claire-Marine, François-Poncet : le temps à l’épreuve de la clinique de l’adolescence
L’investissement de la dimension temporelle par les adolescents en thérapie interroge notre modèle de l’adolescence et de sa durée comme s’il revenait en partie au psychologue ou au thérapeute de répondre à ces questions. À l’extrême, certains adolescents viendraient en thérapie pour faire « leur crise d’adolescence » ; l’immaturité psychique se soignerait-elle et dans quel cadre ? Ces questions sont sans doute liées à la culture psychologique à la source des modèles actuels de l’adolescence.
Lorsque l’encadrement familial ou scolaire délimite l’espace-temps de l’adolescence selon les modèles hérités du début du siècle, le thérapeute travaillera avec ces repères s’attachant à en interpréter la valeur psychique. Mais lorsque cet encadrement devient incertain ou inexistant le cadre clinique peut devenir le seul modèle du temps de passage de l’enfance à l’âge adulte ; pour éviter l’écueil de thérapies interminables ou à valeur pédagogique, le thérapeute sera confronté à la tâche difficile d’inviter l’adolescent, à peine sorti de l’enfance, à intérioriser les limites du cadre et les élaborer en limites intérieures entre l’enfant et l’adulte. L’affaiblissement des modèles culturels se traduirait par un alourdissement du travail psychique à l’adolescence.
Dominique Agostini : Mélanie Klein analyste d’adolescents : I. le cas “ Félix ”
Dans l’analyse de Félix, Klein a exploré les inhibitions pathologiques qui entravaient les processus de pensée de cet adolescent. Elle a découvert que penser naît de liens suffisamment créatifs entre les parents internes. Les concepts d’objet interne et de fantasme inconscient constituent en ce sens, l’un des aspects les plus novateurs de cette analyse. Klein y soutient que revisiter l’Œdipe précoce à la puberté constitue le préalable indispensable au développement conjoint de la bisexualité psychique et de la “ puberté psychique ”.
Jean-Yves Le Fourn : “ les lunettes ” de poe
Ce conte, “ Les lunettes ”, issu des Histoires extraordinaires d’Edgar Allan Poe est une histoire “ grotesque ” qui va nous montrer que si à l’adolescence on regarde sans voir ou que l’on voit sans regarder, la résolution des énigmes du sexuel, de l’identité, du devenir social sera difficile, car comme le héros au départ, il restera englué dans les rets des problématiques œdipiennes et incestuelles.
Le regard adolescent est avant tout “ un langage et il développe l’épreuve ” (Jean Cocteau).