À travers une confrontation clinique, l’auteur montre comment l’écoute se trouve malmenée par l’insistance du récit événementiel ; et où justement l’impasse transféro-transférentielle se constitue comme sentiment de remords. Son analyse déploie aussi une heuristique inspirée par leur langue de rencontre et leur langue première, l’arabe. Cette dernière de par sa structuration particulière autorise quelques mots à se constituer en concepts métapsychologiques et en même temps comme reste langagier qui ouvre à une lecture du trauma dont la sortie est inscrite du côté de l’élaboration de la lettre.
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François Richard : un remords de proust. contribution à la théorie psychanalytique de la création
Dans cet article est faite l’hypothèse que l’on trouve dans l’ensemble de À la recherche du temps perdu de Marcel Proust les traces d’une censure portant sur l’émergence de la sexualité pubertaire. Explicitement évoqué dans Contre Sainte-Beuve, le moment de découverte de la nouveauté pubertaire ne réapparaît ensuite que de façon voilée dans La Recherche. De cette censure et de ce remords, l’œuvre cherche à en réparer les effets destructeurs par une esthétique spécifique dont l’économie libidinale est ici analysée (en particulier le fantasme d’“ homme-lesbien ”, un certain fétichisme, et la métaphorisation permanente de l’angoisse de castration). Un regard nouveau peut alors être porté sur les apories proustiennes bien connues concernant la temporalité.
Gérard Pirlot : le plaisir coupable du remords … ou celui des dents mordant l’œil de l’inconscient
Si, chez le patient nommé “ Didier ” décrit par Bonnet, il fallut tout un travail psychotérapique pour, une fois consolidées les assises narcissiques, voir apparaître le remords point de départ à un véritable travail psychanalytique, il peut en aller différemment chez le patient névrosé. Le remords, parfois d’emblée là, témoigne en effet d’un trop grand attachement à l’imago maternelle ce qui limite alors toute possibilité d’une culpabilité subjectivement assumée. Ainsi, à partir d’une vignette clinique d’un sujet en analyse, après avoir rapproché le remords du reproche et avoir évoqué le lien entre remords et auto-sadisme (sadisme narcissique), l’auteur suivant en cela les différentes étymologies française et allemande du terme de “ remords ”, tente de définir métapsychologiquement ce que ce terme recouvre. L’économie pulsionnelle du remords se découvre être celle mettant en jeu un sadisme oral mêlé aux pulsions scopique et d’emprise, sa dynamique est celle d’un conflit de forces psychiques pouvant aller de la perception hallucinatoire (cf. le cauchemar) à la somatisation (vertige, “ état-second ”, etc.) ou le passage à l’acte, et enfin sa topique est celle d’un clivage du Moi devant la toute-puissance castratrice d’un Surmoi maternel et totémique (loi du talion). Dans la régression sadique-orale (cannibalique) qui le caractérise, le remords est une forme de retour du fonctionnement psychique dans la “ cavité primitive ” décrite par Spitz qui sert alors de “ contenant ” au Self du Moi (les assises narcissiques de celui-ci). Le sujet en proie au remords, tel Caïn, ou Œdipe à Colonne, “ écrasé ” (subjectivement) d’une culpabilité qui menace la cohésion du Self de son Moi, peut régresser solitairement dans le remords jusqu’à “ re-mordre ” répétitivement ce Moi par le biais d’un Surmoi maternel “ incisif ” et castrateur. La prise en charge psychothérapique et analytique du remords visera, par la parole, à “ transférer ”, sur le psychanalyste la culpabilité sous-jacente à ce remords afin de dégager celle-ci de cette gangue “ auto-sadique ” et auto-érotique qu’est le remords.
Maurice Despinoy : remords et réparation chez l’adolescent
La sélection d’un élément psychique unique – défense, pulsion affect – est une démarche de recherche qui contraste avec la position habituelle du clinicien. L’adolescent affronte le bouleversement pubertaire en utilisant les mécanismes schizo-paranoïdes. Sous l’effet des identifications antérieures et de l’idéal du moi, la position dépressive reprend parfois le dessus et suscite des remords. Mais souvent le besoin de l’autre l’emporte sur la préoccupation.
Yvon Brès : le péché sauveur
À une civilisation marquée par le christianisme qui affirmait que tout homme est pécheur et développait en chacun de ses membres une conscience du péché, risque d’en succéder une dans laquelle le remords pourrait, d’une part, à force d’être rejeté, ronger de façon clandestine le psychisme d’individus qui se croient affranchis de toute culpabilité, et, d’autre part, être sans cesse projeté sur autrui dans une poursuite irrationnelle de vengeance plutôt que de justice. Le monde moderne, devenu étranger aux dimensions théologiques et métaphysiques du péché, pourra-t-il trouver une voie permettant de dépasser cet usage aberrant du remords : rien pour moi, tout pour autrui ?
Gérard Bonnet : le remords. de l’auto-analyse de freud à la clinique des adolescents
L’auteur s’appuie sur un précédent ouvrage relatant la place du remords dans l’analyse d’un adolescent devenu meurtrier pour relire et réinterpréter la place de cet affect dans les textes où Freud témoigne de son auto-analyse. Il en dégage une théorie implicite, qui rejoint la théorie explicite, à peine ébauchée, et il souligne en particulier la face active et positive de cet affect présenté le plus souvent comme un handicap. Il montre ensuite les différents visages que prend le remords dans la clinique de l’adolescent en partant des principales caractéristiques qui se sont dégagées des analyses précédentes, de façon à en faciliter le repérage, la prise en compte et l’évolution. Cette étude veut aussi contribuer à mieux différencier les affects majeurs et à montrer comment se positionner quand l’un d’entre eux apparaît central et dominant, qu’il s’agisse de la honte, de la culpabilité, de la tristesse ou du remords.
Vincent Cornalba : presque-pubertaire
L’auteur se propose de remplacer le terme de pré-puberté par celui de presque-pubertaire, se référant simultanément aux travaux de Gutton et de Jankélévitch. Cette formulation semble en effet plus appropriée pour témoigner de la dynamique particulière engagée à cette période. Plus vraiment enfant, pas encore adolescent, le sujet de cet entre-deux est plus que jamais confronté à la question de l’être dont l’expression fondamentale reste l’insaisissabilité du devenir. L’advenir d’un presque-rien qui le sépare du mouvement pubertaire tend à cristalliser l’expression d’une interrogation continue sur l’évidence d’une existence à jamais naissante.
Alberto Konicheckis : subjectivation de l’espèce par l’individu à la puberté
L’article aborde la manière dont l’irruption de l’espèce au cours de la puberté retentit dans la subjectivité individuelle de l’adolescent. Après avoir constaté les bouleversements apportés par Freud à la conception darwinienne sur l’espèce, la dialectique individu-espèce est explorée à partir du cas de Victor, adolescent en thérapie. Y sont analysés les liens à la transgénérationnalité et au groupe, qui, par leur caractère collectif, pourraient être considérés comme des équivalents psychiques de l’espèce pour l’individu. Le flambeau de l’existence néanmoins se pérennise sous la forme de fantasmes de transmission et de génération, lorsqu’en plus de la différence des générations, peuvent aussi être admis la différence des sexes et la finitude de l’individu.
Claire Neirinck : parenté et parentalité. aspects juridiques
L’auteur s’interroge en juriste sur la notion de parentalité au regard de celle de parenté. Le lien de parenté, par le sang ou par l’adoption permet de rattacher une personne à sa famille, de le nommer par référence à cette famille, de la situer en son sein. La parenté assure l’inscription généalogique du sujet. La parentalité concerne la prise en compte de la compétence parentale et tend à réaliser un amalgame entre parenté et autorité parentale . Elle ne peut être analysée comme constitutive d’un lien juridique. Mais dès lors que les juristes utilisent cette notion pour consacrer l’attente de certains qui veulent jouer un rôle reconnu de père et mère auprès de l’enfant, ou pour remettre en cause les parents défaillants, la parentalité induit l’affaiblissement de la parenté. Le juriste ne peut que déplorer ici le recul du droit.
Nicole Catheline : ajustement des liens et institutions
Il est classique de dire que le travail psychique que doit accomplir l’adolescent est un travail de séparation en particulier avec les objets de l’enfance. Il semble plus juste en fait de parler d’un ajustement des liens entre parents et adolescent. Ceux-ci doivent être ni trop lâches pour éviter le sentiment d’abandon, ni trop serrés pour ne pas empêcher l’individu de se construire un espace psychique propre. Un temps institutionnel dans lequel chacun, adolescent comme parent, pourra trouver sa place peut aider à trouver cette bonne distance. La mise en place d’un groupe de parents en même temps qu’une mise en institution pour l’adolescent permettent de travailler sur cet ajustement des liens.