Il est classique d’attribuer les actes humains violents excessifs qui se produisent régulièrement sur la scène privée ou publique au déchaînement de pulsions agressives : on invoque alors la faiblesse des instances surmoïques qui n’ont pas joué leur rôle. Freud se réfère régulièrement à ce schéma à partir de la mise en place de la seconde topique, et il inspire la plupart des modèles éducatifs en vigueur. Pourtant, il arrive que les idéaux censés contrôler les pulsions donnent eux-mêmes naissance à un passage à l’acte violent. Dans ces cas-là, il y a idéalisation sans sublimation, et l’idéal qui est au cœur de l’idéalisation est investi pour lui-même. Au lieu d’être le vecteur du désir, ouvrant à la sublimation, il concentre l’énergie pulsionnelle et la libère d’une façon explosive. C’est pourquoi une analyse approfondie des idéaux s’impose pour dégager les composants de cette explosion et la façon de la désamorcer.
À l’adolescence, la destitution naturelle du père imaginaire permet le remaniement des fixations œdipiennes et le dépassement de la sexualité infantile. L’auteur évoque ici la difficulté d’une telle opération, quand la figure du père imaginaire renvoie à un père mort idéalisé. L’enjeu thérapeutique consiste alorsà offrir une possibilité d’élaboration transférentielle à l’adolescent pour qu’il se défasse de cette prégnance du père imaginaire, étape cruciale pour le sujet en devenir.
À partir d’une clinique un peu particulière, faite de fragments et de rencontres improbables, avec un adolescent vivant une période marquée par des conduites à risque dans un contexte de violence avant de devenir un professionnel du ski « extrême », je propose d’aborder la question de la mort à l’adolescence, non à partir d’une réflexion sur la perte et le deuil, mais comme une figure essentielle de l’irreprésentable organisant des conduites et des pratiques à risque à l’adolescence. Dans cette approche, la mort réunit les figures de l’inéluctable et de l’aléatoire en confrontant à l’irreprésentable de sa propre mort. D’où une relecture de l’approche classique du risque à travers la notion de conduite ordalique, à valeur d’épreuve narcissique, au profit d’une approche où la prise de risque est considérée comme une tentative de mise en scène d’un rapport intime avec la mort, l’irreprésentable de sa propre mort. Cette dynamique prend corps dans une « clinique de l’instant » où ce qui se vit dans l’acte ne trouve pas son issue dans la réalisation de cet acte. Il s’agit alors d’une tentative confuse d’exprimer, en l’éprouvant, un vécu resté en errance.
Adolescence, 2010, T. 28, n°2, pp. 289-297.
Revue semestrielle de psychanalyse, psychopathologie et sciences humaines, indexée AERES au listing PsycINFO publiée avec le concours du Centre National du Livre et de l’Université de Paris Diderot Paris 7