Tous les articles par Admin

Isabelle Durand-Pilat, Thierry Vincent : anorexie : le lien au savoir

Les patientes souffrant d’anorexie mentale entretiennent souvent un lien particulier à l’apprentissage, aux connaissances et au savoir. Il est ainsi fréquent de constater que le milieu scolaire ou universitaire devient un lieu d’expression, de mise en scène et de répétition des symptômes anorexiques. Nous repérerons les impasses et les tentatives de prises en charges spécifiques, dans ces pathologies où aliénation alimentaire et aliénation scolaire se jouent en parallèle.

Brice Courty : adolescence film d’horreur

L’étude d’une catégorie particulière du film d’horreur, les slashers, tant du point de vue du contenu que de la forme, nous mène sur la scène du vécu adolescent. La charpente de l’inquiétante étrangeté et sa temporalité syncopée laissent entrevoir une problématique inconsciente commune. L’enjeu central du féminin trouve pour l’adolescent une solution de représentation et d’élaboration à travers les figures identificatoires du tueur et de la victime. Véhicule d’un rituel d’initiation dégradé, le slasher constitue une ressource de l’adolescent face au bouleversement pubertaire.

Pascal Hachet : le regard du lecteur adolescent sur un texte littéraire écrit par un autre adolescent

 

L’écrit littéraire adolescent constitue un riche support identificatoire pour le lecteur du même âge. Les auteurs adolescents qui ont poursuivi et amplifié leur créativité à l’âge adulte fournissent une identification constructive, sur fond de subjectivation réussie du processus pubertaire, mais ceux qui n’ont écrit qu’à cet âge suscitent une fascination intense chez les jeunes lecteurs qui tendent à dénier la réalité du pubertaire. Le collage sans distance à l’œuvre ou à l’auteur peut être alors le signe d’une issue mentale catastrophique – potentielle ou avérée – de la crise d’adolescence. L’observation de Jean-Marie, dix-sept ans et “ fan ” tant des poèmes que de la vie de Rimbaud, illustre en détail cette occurrence problématique.

Marika Moisseeff : les lolitas ou l’histoire d’une altérité structurelle

 

Depuis la parution du roman de Nabokov en 1955, de très jeunes filles “ au physique attrayant, aux manières aguicheuses, à l’air faussement candide ” (Petit Robert) sont désignées indifféremment par les termes lolita ou nymphette : ce sont des femmes en puissance dont le corps n’a pas encore subi les bouleversements associés à la fonction maternelle. Une nymphe désigne aussi la chrysalide de certains insectes dont la larve est en train de se transformer en reproductrice mais qui conserve encore des traits juvéniles. À quoi peut donc renvoyer ce lien entre une féminité “ innocente ” prépubère et un animal inférieur tel qu’un insecte ? L’analyse de certaines œuvres de fiction peut nous en révéler la clé.

Alix Bernard : surdité et mise en scène d’une différence interdite

La surdité modifie le rapport de la voix et du regard. Le sourd en effet “ voit les voix ”. Ce primat du visuel est souvent redoublé par un accès tardif à la compréhension de la parole. À travers le cas de Perrine, nous interrogeons les liens entre la surdité et son déni et une surdétermination du côté de l’exhibition-voyeurisme. Soumise au regard de l’autre, à la fois lieu de réassurance narcissique et instance surmoïque, Perrine est en effet piégée dans un scénario immuable. De manière répétitive, elle donne à voir son désir de rencontre et une rencontre impossible, la différence sexuelle la renvoyant à une autre différence, son handicap interdit.

Sabine Belliard : regard et couleur de peau

La couleur de peau d’un patient est un élément peu pris en compte dans le travail thérapeutique. La psychothérapie de Denise, jeune fille antillaise de vingt-deux ans, montre comment sa couleur, en articulation avec son histoire spécifique, a eu des effets psychiques profonds, en particulier au niveau de sa relation à sa mère et de sa construction narcissique. Des liens sont faits entre ces observations concernant le vécu psychique des couleurs de peau aux Antilles et le passé historique particulier de cette région du monde qui a connu la traite esclavagiste.

Michel Delage : voir dans la thérapie familiale

Les problèmes liés à l’adolescence ou la fin d’adolescence se posent en terme de parentalité chaque fois que des parents prennent rendez-vous au sujet de leur enfant. Dans ces cas, il semble important que les interventions thérapeutiques tiennent compte de ce qui se joue à la fois au plan des psychismes individuels et dans la relation entre les différents protagonistes. Une étude critique de ce mode d’intervention est présentée, concernant notamment la position du ou des thérapeutes en référence au concept de résonance défini par Elkaïm.

Céline Masson : éloge de la rêverie. l’institution, son adolescent et les parents

Cet article est une réflexion sur la prise en charge des adolescents en institution mais essentiellement sur la place des adultes qui y sont impliqués. C’est ma pratique de thérapeute en institution avec des adolescents qui a servi d’ancrage mais surtout ce sont les difficultés que nous avons rencontrées avec l’un des adolescents qui ont déterminé cette amorce de travail. En effet, cet adolescent, par sa problématique, a pointé les failles institutionnelles qui n’ont pas manqué de renvoyer aux difficultés rencontrées par les travailleurs sociaux dans leur pratique et à leur propre positionnement au sein de l’institution. Que font-ils en institution et quelle place occupent-ils auprès de ces jeunes ? À peine soulevée, cette question n’a pas manqué de créer des inquiétudes voire même quelque agressivité. En effet, bien souvent il s’agit de « redresser » et de « corriger » les comportements déviants après une demande massive au corps médico-psychologique d’« abraser » les symptômes car « ce n’est pas vous qui avez à faire à eux toute la journée ». Cette réponse qui se doit d’être rapide et massive est également une position prise par le politique dans le champ de la santé mentale et c’est ce par quoi nous avons amorcé notre propos.

Françoise Hurstel : le regard du père

 

Peu d’études ont été consacrées jusqu’ici aux fonctions du père lors de l’adolescence de la fille. L’une de ces fonctions, celle du regard et des paroles du père pour le devenir féminin, est étudiée ici. Ce regard du père renouvelle l’opération du regard de la mère lors du stade du miroir, mais du côté de l’identité. Il prend sens dans la mesure où le père ne s’approprie pas sa fille comme objet sexuel et établit avec elle une relation marquée par la fonction paternelle.